Autochromes Lumière
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Les aspects sociaux

Édouard Aynard dans Lyon à l'exposition universelle de 1889 décrit le travail de ces femmes tel qu'il devait encore être en 1906 et même probablement vers 1920. Le texte laisse entrevoir l'apport personnel de Louis et Auguste Lumière dans l'usine et en particulier une automatisation qui n'était pas encore si fréquente.

« A leur arrivée à l'usine, les feuilles de verre sont débitées en bandes d'une largeur commune à plusieurs dimensions de plaques, quinze, vingt-sept, et trente centimètres [...] Ces bandes sont alors nettoyées mécaniquement au moyen de machines qui ont été étudiées et construites à l'usine même. L'extension de l'émulsion s'effectue à l'aide d'un appareil spécial établi de manière à déverser le liquide sur les verres avec une pression et une température constante. Ces verres sont placés bout à bout sur des courroies sans fin animées d'un mouvement de translation uniforme et passant sur une table parfaitement horizontale dont la longueur atteint vingt mètres. Lorsque les bandes arrivent à l'extrémité de la table, la couche émulsionnée qui les recouvre s'est prise en gelée. On les dispose alors dans des séchoirs appropriés. La dessiccation de la couche, qui exige environ dix heures, est obtenue par le passage d'un courant d'air filtré dont la température et le degré hygrométrique sont maintenus constants, quel que soit l'état atmosphérique extérieur. Cette condition, d'une importance capitale pour une fabrication régulière, est réalisée par l'emploi de machines réfrigérantes, de réchauffeurs et de régulateurs de température conçus et exécutés pour le but même qu'ils doivent remplir. Après le séchage on procède à un essai scrupuleux d'échantillons prélevés en différents points des séchoirs, et les plaques, soigneusement choisies, sont coupées transversalement, puis mises en boites. Ces dernières opérations [...] nécessitent un matériel spécialement construit à cet effet ».

Notons aussi que les laboratoires sont éclairés par une lumière superposée jaune et verte afin de donner toute garantie de non exposition à la lumière artificielle. La lumière rouge avait initialement été choisie, mais cette dernière provoquait chez certaines ouvrières des problèmes ophtalmiques.

Des recherches effectuées dans les recensements de la population du 3e arrondissement de Lyon entre 1888 et 1896 montre que nombre des employées femmes de l'usine sont originaires de Lorraine, de Franche-Comté et d'Alsace. Preuve de l'attachement de la famille pour sa région d'origine ? On note que nombre d'entre elles sont chefs de famille (filles-mères ou veuves). Les Lumière portent un intérêt indéniable à leur rôle social. Les employés reçoivent des soins gratuits. Les femmes enceintes sont payées au moment de la naissance de leurs enfants. La vie à l'usine était très dure mais il existait entre la famille Lumière et les employés de l'usine un attachement certain. Les personnels vont créer une société mutuelle de loisirs.