Autochromes Lumière

Gabriel Veyre, l'aventure marocaine

Un rêve de couleurs
En 1934, après avoir passé plus de trente ans au Maroc, Gabriel Veyre part en excursion photographique. Pendant plus d'un an, il sillonne les routes marocaines pour prendre des centaines de photographies en couleurs, sur Filmcolor, la version film de l'autochrome. Hommage à son pays d'adoption ? Pressentiment d'une fin proche ? Testament photographique ? Il achève ce reportage en 1935 et meurt l'année suivante à Casablanca. Virtuose de l'autochrome, Gabriel Veyre a dressé un portrait unique du Maroc du début du XXe siècle. Ses paysages contemplatifs donnent la vision d'un Maroc poétique et légendaire, vibrant de luminosité. Mais le regard qu'il porte sur les gens n'en est pas moins vivant. Quand il photographie les Marocains, c'est dans leurs activités quotidiennes, le plus souvent en gros plan, frontalement. Jamais de photos à la dérobée, il attend toujours un échange de regards pour déclencher son appareil. Les portraits issus de cette rencontre témoignent de cette profonde égalité entre le photographe et les gens photographiés. Développant et fixant lui-même ses épreuves, Gabriel Veyre était passé maître dans l'art de la couleur, ainsi que l'attestent ses clichés dans un état de conservation impeccable. Il a été le premier à fixer les couleurs marocaines sur une émulsion photographique. Et, hasard du destin, il s'éteint en 1936, année qui annonce le déclin de l'autochrome et de l'ensemble des procédés additifs.