Autochromes Lumière

La fécule de pomme de terre

La spécificité de l'autochrome réside dans la préparation d'une couche écran composée de grains de fécule de pomme de terre teintée. Il existe une zone d'ombre sur la nature et la chronologie des recherches de Louis Lumière, en particulier entre 1900 et 1903, année de dépôt du premier brevet. Dans ce dernier, outre la fécule, on trouve cités pour constituer le réseau: des émaux pulvérisés, des ferments, des bacilles et toute matière pulvérulente et transparente. Il semble que la supériorité de la fécule réside dans son aptitude à s'imprégner de colorants, elle présente également l'avantage d'être de forme sphérique.

De la conception à la réalisation
Quatre années séparent le dépôt du brevet initial de la commercialisation des premières plaques autochromes. Cette longue période de gestation est due aux difficultés rencontrées par les frères Lumière pour organiser la production industrielle. Dans un premier temps, il faut matérialiser le "grain" évoqué par Ducos-du-Hauron et trouver une substance capable de supporter les couleurs mises en œuvre pour la sélection. Les frères Lumière orientent leurs recherches vers l'usage d'amidon. Ils profitent des relations nouées dans de nombreux pays étrangers à l'occasion de la diffusion de leurs produits pour se faire envoyer des échantillons.

Parmi les nombreuses lettres qui alimentent ces échanges, on peut lire à la fin de 1903 la réponse du directeur du laboratoire municipal de la ville de Lyon adressée à Louis Lumière « ci-inclus la liste des matières féculentes que je vous ai promise hier soir en rentrant de l'Hôtel de Ville. Il est bien entendu que je ne garantis ni les dimensions ni les formes données pour les granules amylacées qu'elles renferment en laissant la responsabilité aux auteurs qui les ont déterminées... ».
Suit la liste documentée de trente-huit espèces. Elle cite des céréales communes comme l'avoine, le blé, le seigle ou l'orge et d'autres plus rares telles que l'igname (plante tropicale présentant un tubercule farineux) ou le tacca  oceanica (plante tropicale herbacée qui fournit un tubercule comestible). Leur choix se porte finalement sur la fécule de pomme de terre. La taille des particules d'amidon qu'elle contient peut varier entre 5 et 100 microns, ce qui est peu favorable à l'application qu'ils envisagent. Cet inconvénient est compensé par de bonnes propriétés tinctoriales qui permettent de constituer des écrans suffisamment sélectifs pour répondre aux spécifications spectrales de la sélection trichrome.
A la fin de l'année 1903, Louis Lumière cherche auprès des féculiers français à obtenir des lots de petits grains de fécule de pomme de terre.