Autochromes Lumière
La révélation des couleurs

La révélation des couleurs

« Bientôt, le monde entier sera fou de couleur, et Lumière en sera responsable » annonçait l'Américain Alfred Stieglitz après la commercialisation de la plaque autochrome, dans une lettre publiée par la revue Photography en août 1907. Présenté officiellement en juin 1907 dans les locaux du journal L'Illustration, le premier procédé industriel de photographie couleur allait en effet révolutionner la pratique photographique.

Cantonnés à la monochromie durant tout le XIXe siècle, les photographes pouvaient enfin accéder à un pan entier de l'enregistrement du visible qui leur était resté inaccessible. Pour les amateurs, qui représentent le plus grand nombre des utilisateurs, comme pour les quelques professionnels passionnés, le choix de l'autochrome se fait en dépit de ses contraintes d'image unique, fragile, coûteuse et difficile à reproduire. L'autochrome faisait « enfin toucher à cet idéal depuis si longtemps poursuivi : la couleur ! » comme le dira Antonin Personnaz.

Des perspectives esthétiques inédites
La couleur, en effet, apportait un surplus de fidélité et de « vérité » dans la représentation photographique. Elle semblait renforcer sa valeur documentaire et testimoniale. Au-delà de cet élargissement des possibilités photographiques, la maîtrise de la couleur offrait un nouveau moyen d'expression. Sur support de verre, couramment regardée sous la forme d'une image projetée agrandie, l'autochrome dessinait des perspectives esthétiques inédites.
Toutes les qualités de l'autochrome seront exploitées. Les autochromistes s'inspirent bien souvent de la leçon des peintres. Les sujets aux multiples couleurs permettent le jeu des rapports chromatiques. Les variations de la lumière et de ses transparences, le rendu subtil des matières sont autant d'occasions de capter l'étendue d'une gamme de nuances qu'un procédé noir et blanc ne pouvait concurrencer. Même les blancs les plus profonds sont traduits par ce fourmillement si particulier à l'association des trois couleurs qui composent la plaque autochrome.
Sous tous ces aspects, l'autochrome renouvelle voire réinvente les divers genres et domaines d'applications photographiques : ainsi du portrait, de la nature morte, du paysage, de la photographie d'exploration à caractère documentaire, de la photographie scientifique, médicale ou encore des arts appliqués et décoratifs.

Une nouvelle forme d'inscription du temps

Les photographes sélectionnent différemment leurs sujets. Ils privilégient la présence de couleurs vives, les rappels de teintes, les ponctuations qui viennent rythmer la composition au même titre que les lignes. Dans certains cas, la couleur constitue quasiment un sujet en soi. Ces qualités nouvelles font oublier une limite importante qui rétrograde la pratique vers une époque révolue : l'instantané -sauf manipulations techniques complexes- est inaccessible.
Cet impératif technique va ainsi développer une esthétique propre, où l'arrangement des couleurs se combine à la pose -parfois mise en scène- des portraits. Le choix de motifs immobiles comme les natures mortes, les paysages, les monuments, les rues vides, les bateaux au mouillage marque une nouvelle forme d'inscription du temps. Un temps qui, lorsqu'il échappe à la maîtrise de l'opérateur s'inscrit dans l'image par de subtils flous de bougés.