Autochromes Lumière

La teinture des fécules

La teinture constitue une étape importante de la fabrication. Le rendu si particulier des images autochromes s'explique aussi par les propriétés des colorants choisis.

Une gamme étendue de teintes
Entre 1860 et 1900, de nouveaux types de colorants obtenus par synthèse, et désignés sous la terminologie générique de colorants d' aniline aniline
Connue également sous les noms de phénylamine ou d'aminobenzène, l'aniline est un composé organique aromatique qui a servi de matière première pour la fabrication des premiers colorants synthétiques.
, sont fabriqués par l'industrie. Ils permettent d'obtenir une  gamme étendue de teintes. Ils n'ont qu'un défaut, celui de n'être pas toujours très stables à la lumière. L'élaboration des solutions tinctoriales n'a sans doute pas posé de problème particulier aux Lumière. Un chimiste, Alphonse Seyewetz, avait été recruté comme responsable du département de chimie. Il est titulaire d'une thèse sur les matières colorantes et coauteur d'un ouvrage de référence sur les colorants de synthèse. Dans un manuscrit datant des premières années de production (1908), on trouve cités les colorants suivants : violet cristallisé, tartrazine et érythrosine J (BASF), bleu patenté (Meister Lucius) et vert solide nouveau 3B cristallisé (Société pour l'industrie chimique de Bâle). En 1914, les Titres et travaux de Louis Lumière indiquent que les colorants utilisés sont de la famille du triphénylméthane triphénylméthane
Composé chimique dont la structure comporte trois cycles aromatiques fixés sur un même atome carbone. Cette structure se retrouve dans de nombreux colorants artificiels synthétisés au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle.
.

Vers la fin des années trente, A. Seyewetz écrit à propos des grains de fécule : « Ils sont teintés avec des colorants basiques qui doivent fournir des teintures d'un bel éclat. On peut employer notamment, pour obtenir les teintes orangées, vertes et violettes, des mélanges composés avec l'érythrosine, la tartrazine et le bleu carmin dont la solidité à la lumière est pratiquement très bonne grâce à un vernis protecteur dont on les recouvre pour les isoler de l'émulsion sensible et du contact de l'air ». Dans les notes de fabrication, datant de 1929, on retrouve la plupart de ces colorants, mais les fournisseurs ont changé : bleu carmin surfin breveté (de l'Aktiengesellschaft), érythrosine L pure (Durand Huguenin à Huningue), rose bengale (Société chimique de Bâle-Geigy et Cie), violet cristallisé (Société des produits chimiques de Saint Denis), vert solide nouveau 3B cristallisé (Société chimique de Bâle-Geigy et Cie) et tartrazine. Un livre ayant appartenu à Louis Lumière (Sisley, Unification des noms des colorants les plus usuels), et conservé à l'institut Lumière, renferme la note manuscrite suivante : « Colorants basiques utilisés : Phosphine brillante 2J, Flavine basique T, Rhodamine B, Rhodamine 6J, Violet cristallisé, Bleu thionine G, Vert brillant. »

Pour vérifier la pertinence de toutes ces informations, une dizaine de plaques - d'origine et d'époque indéterminées - et des échantillons de fécule colorée ont été analysés. La présence des colorants suivants a été confirmée : le rose bengale, l'érythrosine, le bleu patenté, le violet cristallisé, le vert nouveau solide 3B. Le vert de malachite métachloré et de la diiodofluorescéine sont également présents. Ces deux derniers sont sans doute des impuretés, respectivement du vert nouveau solide 3B et de l'érythrosine.

Lire la suite >>